Dans son avis pour un parc immobilier sobre en carbone et en énergie, résilient et abordable, le Comité consultatif sur les changements climatiques estime qu’il existe une « confusion entre la sobriété et l’efficacité énergétiques au sein des politiques publiques québécoises ». La sobriété est rarement traitée comme un objectif à part entière et reste évoquée de manière générale alors que l’efficacité énergétique est planifiée au moyen de mesures concrètes. C’est d’ailleurs ce que l’on peut constater dans le nouveau Plan de mise en œuvre 2026-2031 (PMO) du Plan pour une économie verte, rendu public jeudi dernier. À l’approche du sommet de l’Agence internationale de l’énergie à Montréal à la fin juin, cette confusion dans le débat public devrait être éclaircie.
La sobriété consiste à réduire à la source la quantité d’énergie nécessaire pour répondre aux besoins : se déplacer, se chauffer, s’alimenter ou se vêtir, par exemple. Elle pose deux questions fondamentales : quels sont les usages qui méritent qu’on leur affecte une part de l’énergie dont nous disposons? Quels sont les usages que nous préférons mettre de côté pour éviter d’avoir à développer de nouvelles infrastructures énergétiques? Elle invite à examiner nos manières de satisfaire nos besoins et à planifier collectivement une réduction de certaines consommations.
L’efficacité, quant à elle, consiste à produire ou à consommer le même bien ou service, ou à appliquer un même procédé, en utilisant moins d’énergie. Les gains d’efficacité sont essentiels, mais ils ne permettent pas à eux seuls de répondre aux défis climatiques et écologiques, car ils améliorent les rendements sans nécessairement faire baisser la demande totale d’énergie. Souvent, au contraire, ils stimulent la croissance de la demande.
Dans un monde confronté aux limites des ressources et à l’aggravation des crises environnementales, une réflexion sur la sobriété devient incontournable.
La sobriété énergétique implique inévitablement des arbitrages
La sobriété est souvent caricaturée comme une forme de privation ou de retour en arrière. Son objectif est plutôt de mieux orienter nos manières d’utiliser l’énergie. Tous les usages énergétiques ne se valent pas. Assurer la satisfaction des besoins comme l’accès au logement, à l’alimentation, aux soins ou à la mobilité doit demeurer une priorité. À l’inverse, certaines formes de surconsommation ou certaines activités à faible utilité sociale méritent d’être remises en question. Investir dans certaines infrastructures aptes à répondre aux besoins de la population en consommant moins d’énergie ou modifier certaines politiques publiques peut permettre de limiter les coûts de la transition, de réduire les pressions sur les territoires et d’éviter la multiplication d’infrastructures énergétiques dont la construction soulève déjà de nombreuses oppositions.
Cette réflexion devient d’autant plus urgente alors que la décarbonation des entreprises existantes et plusieurs choix économiques actuels se combinent pour faire croître la demande d’électricité. L’essor de l’intelligence artificielle et des centres de données, le développement de nouvelles filières industrielles ou l’exploitation accrue de ressources stratégiques exercent déjà une pression croissante sur les réseaux énergétiques. Continuer à encourager cette croissance tout en appelant la population à la sobriété risque de créer une contradiction difficile à défendre.
Un débat éminemment politique
Quels secteurs et activités doivent être priorisés? Quels projets industriels justifient l’utilisation d’une énergie de plus en plus convoitée? Quelles infrastructures méritent réellement d’altérer le territoire? Qui doit réduire sa consommation? Peut-on demander des efforts supplémentaires aux ménages tout en favorisant le développement d’activités industrielles fortement énergivores? Ces questions ne peuvent être évitées.
Or, le débat actuel tend à déplacer la responsabilité vers les consommateurs et vers des acteurs comme Hydro-Québec. Pourtant, les principaux déterminants de la demande énergétique se trouvent dans les choix collectifs que nous faisons en matière d’aménagement du territoire, de transport, de développement industriel et d’organisation économique.
La sobriété implique des choix collectifs sur nos façons de produire, de nous déplacer et de consommer. Elle exige une vision cohérente de l’avenir énergétique du Québec et des politiques publiques capables d’orienter la demande dans tous les secteurs.
Elle exige également un souci de justice. Les efforts ne peuvent être répartis de façon uniforme dans une société marquée par d’importantes inégalités. Une stratégie crédible doit garantir la satisfaction des besoins essentiels et demander davantage à ceux et celles dont l’empreinte énergétique est la plus élevée.
Nous appelons le gouvernement à approfondir sa réflexion sur la définition et la mise en œuvre d’une réelle sobriété juste et à bonifier en ce sens la Feuille de route en matière de sobriété et d’efficacité énergétiques de son PMO.
Signature principale :
Front commun pour la transition énergétique
Listes des organisations signataires :
Vivre en Ville
Regroupement des organismes environnementaux en énergie
Nature Québec
ACEF du Nord de Montréal
Association canadienne des médecins pour l’environnement
Union des consommateurs
Ateliers pour la biodiversité
Nature-Action Québec
Fondation Rivières
GMob (GroupMobilisation)
Collectif scientifique sur les enjeux énergétiques au Québec, Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM
Projet de la Réalité climatique Canada
Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ)

