PGIRE : la montagne accouche d’une souris 

 MONTRÉAL, 30 juin 2026 — Après des mois d’attente, le gouvernement du Québec a finalement rendu public son premier Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE). Présenté comme un jalon majeur de la planification énergétique du Québec, le document publié ne répond pas aux attentes et reste essentiellement un document effleurant la surface. Pour le Front commun pour la transition énergétique (FCTÉ), il s’agit d’une occasion manquée de doter le Québec d’une planification crédible, transparente et démocratique vers une économie décarbonée, juste et respectueuse des écosystèmes. 

« Le gouvernement promettait un changement de culture dans la planification énergétique. Or ce que nous obtenons aujourd’hui est un document qui n’aborde les enjeux énergétiques qu’en surface, repose sur des hypothèses incomplètes et soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Le plan est si peu appuyé par des données chiffrées qu’on a l’impression, après de si longs travaux, que la montagne accouche d’une souris », déclare Mélanie Busby, responsable des enjeux énergétiques au FCTÉ. 

Une décarbonation bien loin d’être certaine 

Alors que le Québec s’est engagé à atteindre la carboneutralité en 2050, le PGIRE prévoit qu’à l’horizon de 2050, plus de 23 % du mix énergétique sera encore constitué d’énergies fossiles. Il n’est pas clair de la place qu’occupera la séquestration de carbone, une technologie énergivore qui n’a pas fait ses preuves commercialement, dans la réduction des émissions résiduelles, notamment du secteur fossile. De plus, il mentionne la sobriété, essentielle à une transition au moindre coût et en harmonie avec le vivant, sans y lier des cibles ou des actions. 

Une planification impossible à valider 

Le PGIRE ne fournit ni les données ni les hypothèses détaillées ni les résultats de modélisation nécessaires pour permettre une analyse indépendante des choix proposés. Sans ces informations, il est impossible pour les chercheur·euses, les organisations de la société civile, les expert·es ou les citoyen·nes de vérifier la robustesse des scénarios retenus, d’en comparer les résultats ou d’évaluer la pertinence des orientations gouvernementales. 

« Il est particulièrement inquiétant de ne voir aucun chiffre détaillant la croissance de la demande par secteur économique. On nous dit que les centres de données vont faire augmenter la consommation d’électricité, sans aucune quantification. Pire, le scénario de 

demande retenu repose sur des hypothèses fondées sur des tendances historiques d’évolution des besoins énergétiques, alors que le travail de planification pour répondre aux enjeux de demain consiste justement à revoir ces besoins. En bref, on regarde vers le passé et on est incapable d’imaginer l’avenir », renchérit Anne-Céline Guyon, analyste climat-énergie chez Nature Québec. 

Une analyse économique incomplète 

Le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie reconnaît lui-même que l’analyse économique du PGIRE repose sur des hypothèses incomplètes. Parmi celles-ci, on peut lire qu’« une part importante des investissements requis dans le cadre du Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec et des autres politiques déjà prévues est exclue des modélisations ». 

Cette omission est majeure, puisque, selon le PGIRE, « les investissements additionnels requis pour mettre en oeuvre la trajectoire énergétique retenue dans le cadre du PGIRE sont estimés à 87 milliards de dollars en termes réels cumulés d’ici 2050 » et que cela « inclut le développement de nouvelles capacités de production, en majorité sous forme d’électricité que les investissements requis pour renforcer et développer les réseaux de transport et de distribution électriques ». Or Hydro-Québec estime déjà devoir dépenser 155 à 185 milliards $ d’ici 2035 pour mettre en oeuvre son Plan d’action 2035 et près de 600 milliards d’ici 2050 pour contribuer à atteindre la carboneutralité au Québec. Exclure une part aussi significative des investissements nécessaires compromet la capacité d’évaluer les coûts réels des différents choix énergétiques et d’en comparer objectivement les bénéfices économiques et sociaux. 

De plus, alors que le PGIRE parle d’« investissements » ainsi que des « emplois qui en découleront » et qui « généreront des retombées économiques importantes », les impacts sectoriels et territoriaux sur la main-d’oeuvre demeurent inconnus. 

Le Québec mérite mieux 

Dans un contexte où les décisions prises aujourd’hui façonneront le système énergétique pour des décennies, le Québec a besoin d’une planification comportant des objectifs chiffrés dans le temps, des actions concrètes et des responsables pour leur mise en oeuvre. Ce plan devrait être transparent, et fondé sur des données accessibles, des hypothèses vérifiables et un véritable dialogue avec la population. 

Dans le contexte de la campagne électorale à venir, le FCTÉ invite les partis politiques à mettre les enjeux énergétiques au coeur de leur campagne et à affirmer leur ambition de doter le Québec d’une réelle planification énergétique digne de ce nom. 

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Signataires : 

Front commun pour la transition énergétique Nature Québec 

Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) 

Renseignements :
Nadine Viau 
Coordonnatrice stratégies et opérations 
Front commun pour la transition énergétique 
nadine.viau@pourlatransitionenergetique.org 
(438) 837-2387